Entreprises

Défaillances d’entreprises en Moselle : le calme avant la tempête ?

Le nombre d’entreprises en défaillances reste anormalement bas dans le département. Les aides exceptionnelles accordées en raison d’une crise sanitaire inédite y sont pour beaucoup. Les mois à venir seront cruciaux pour accompagner la fin des dispositifs de soutien.

Les analystes estiment au second semestre 2022 la recrudescence des défaillances d'entreprises.
Les analystes estiment au second semestre 2022 la recrudescence des défaillances d'entreprises.

194. C’est le nombre de défaillances d’entreprises par date de jugement en Moselle, tous secteurs d’activité, sur les six premiers mois de l’année 2021, selon les données établies par l’Insee. En regardant dans le rétro, sur la même période, ce nombre en 2020 était de 211. Et 401 en 2019, 336 en 2018, 437 en 2017, 486 en 2016 et 501 en 2015. Les aides massives ont soutenu toutes les entreprises, y compris celles qui périclitaient. D’où un nombre anormalement bas de défaillances. Il va inévitablement remonter dans les mois à venir, suscitant une grande part d’inconnu et une inquiétude légitime chez les analystes économiques. Même si cela ne sera pas forcément l'apocalypse, mais une régulation brutale, plus certainement.

Une situation complexe

C’est la grande question qui fait cogiter Bercy : «comment sortir du quoi qu’il en coûte, sans déclencher un tsunami économique, et donc social, avec son corollaire de pertes d'emplois ?» La défaillance d’entreprise correspond à l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire directe auprès d’un tribunal de commerce ou judiciaire. Si les entreprises mosellanes défaillent moins, c’est sans doute le signe d’une bonne reprise de l’activité économique, mais aussi celui que certaines bénéficient des aides sans générer de richesses. Se crée alors une distorsion entre ces entreprises, sous assistance financière, et celles qui sont à jour de leurs cotisations, leurs salaires, en règle avec leurs fournisseurs. Une chose est certaine. Les agents de l’Urssaf vont reprendre progressivement leurs assignations, dans les mois à venir. Un délai de paiement de 6 mois est généralement estimé pour une entreprise dont la santé financière est chancelante. Une entreprise en difficulté avec des fondamentaux solides, sans souci de recrutement, pourra envisager un moratoire de plus longue échéance.

Un facteur risques important...

En ce mois d’octobre, les deux défis majeurs pour une entreprise sont de pallier les difficultés de recrutement et d’approvisionnement. Ce pour bien terminer l’année et pour débuter 2022 avec une trésorerie acceptable par les banques. Bien sûr, et ce n’est pas une surprise, les entreprises les plus fragiles sont les TPE, comptant moins de dix salariés. Ce sont celles qui connaissent le taux le plus élevé de liquidations judiciaires directes (75 %), quand les sociétés de plus de cent salariés sont moins de 14 % à ne pouvoir éviter ce couperet. Une clé à retenir : quand le dirigeant envisage une sauvegarde, il ne doit pas être en cessation de paiement sans quoi il est directement placé en redressement. On l’a compris, cette crise sanitaire aux effets systémiques n’en a pas fini de ses répercussions. Pas sûr que le plus dur soit derrière nous, surtout sur le plan économique. L’entrechoquement avec les échéances électorales à venir a tout de la bombe à retardement…


«Les chefs d'entreprise doivent anticiper leurs difficultés en se rapprochant le plus tôt possible des tribunaux de commerce pour obtenir un étalement de leurs dettes auprès des créanciers.»