Jérôme Claudel-Tauleigne dans les couloirs du temps

Jérôme Claudel-Tauleigne exerce son métier d’art depuis une dizaine d’années.
Jérôme Claudel-Tauleigne exerce son métier d’art depuis une dizaine d’années.

Restaurer des poêles anciens en faïence, Jérôme Claudel-Tauleigne en a fait sa raison d’être. Ce quotidien, imprégné de toute la méticulosité du geste expert, va comme un gant à ce passionné d’Histoire de France. Demeures d’art et châteaux sont devenus ses lieux familiers. 

 

«Enfant, j’aurais aimé ressembler à Champollion», sourit Jérôme Claudel-Tauleigne. L’artisan d’art de la rue des Sœurs Macarons, au cœur de la cité de Stanislas, n’a pas fait du déchiffrage de hiéroglyphes sa marotte. Point de voyage au bord du Nil pour ce Vosgien de naissance ni de carrière d’archéologue. Pourtant, il a trouvé le chemin le menant directement vers sa passion d’existence : l’Histoire de France. Sa période préférée ? «Les XVIIIe et XIXe siècles», assure l’intéressé. Jérôme Claudel-Tauleigne décroche une maîtrise de Lettres à Nancy avant de poursuivre une carrière dans le génie civil, comme conducteur de travaux, tant sur des ouvrages d’art que dans le secteur du bâtiment en tant que maître d’œuvre. On le verra plusieurs mois en Guadeloupe avant de retrouver ses terres lorraines. Puis, il est des événements qui sonnent, au détour d’une introspection personnelle, comme des révélateurs et font basculer un destin : «Au fond de mon être, j’avais cette tradition familiale d’un immense intérêt pour les poêles. Dans le décorum d’une maison, cet élément est bien particulier. Il est symbole de la chaleur, chargé d’une histoire de famille», poursuit-il. Jérôme Claudel-Tauleigne va assouvir son inextricable soif de connaître le passé, en ouvrant son atelier de restauration de poêles anciens, guidé par l’amour du beau. Son atelier justement. Il s’apparente à une oasis un peu hors du temps, immergé dans une bulle de silence. L’artiste y passe des heures sur les objets lui étant confiés, à démonter, réparer, remonter, parfaire les finitions. Membre de l’Association des restaurateurs et artisans d’art du patrimoine en Lorraine, il s’est créé un réseau composé de particuliers, propriétaires de demeures au riche contenu historique et autres châteaux.

 

Au gré des époques

 

Un authentique bottin mondain au but convergeant : sauvegarder des pans de patrimoine. Sollicité partout en France, Jérôme Claudel-Tauleigne ajoute : «Je redonne vie à ces poêles et en même temps le sourire à leurs possesseurs. C’est mon côté Amélie Poulain. J’en ai fait ma Madeleine de Proust.» Dans son approche, dans sa technique, il s’inscrit dans la lignée des maîtres-poêliers, en besognant sur la céramique, les métaux et la pierre, en relation avec les Bâtiments de France. XVIIe et XVIIIe, Empire, Napoléon III, Art nouveau, École de Nancy : Jérôme Claudel-Tauleigne se penche au chevet d’un modèle à un autre, il en vend aussi : «J’ai une mémoire très photographique. C’est primordial de s’imprégner d’une atmosphère. Il y a quelque chose de forcément particulier, de généalogique, d’émotionnel. Je vais de découverte en découverte.» Des anecdotes, il peut en dispenser à foison. Parfois, quand les travaux à venir demandent une analyse plus poussée, il lui arrive de séjourner quelques jours dans des endroits prestigieux, partageant un instant du quotidien d’un châtelain, d’un héritier. «Ce n’est pas désagréable», ironise-t-il. Simplement, il a dénommé son activité L’Artisan du Poêle en Faïence. En singulier voyageur des méandres de l’Histoire, cet «éternel insatisfait», comme il se dépeint lui-même, s’érige en témoin du temps qui passe, s’évertuant à tisser le fil entre hier et aujourd’hui, sachant donner la mesure à toute chose.